Place, intérêt et danger des produits phytosanitaires : Toxicité aiguë des pesticides chez l’homme

Institut de médecine et physiologie de la longévité – IDJ – PARIS

Version du 10 janvier 2018

Les pesticides constituent un groupe très hétérogène de substances chimiques adaptées à la lutte contre les plantes et les animaux indésirables : herbicides, fongicides, insecticides, acaricides, nématicides et rodenticides principalement. Les pesticides regroupent ainsi un grand nombre de spécialités de toxicité variable pour l’homme. En effet certains produits peuvent présenter une toxicité aiguë importante mais être éliminés facilement par l’organisme, à l’inverse d’autres substances, de toxicité aiguë moindre peuvent s’accumuler dans l’organisme (ou être transformés en métabolites eux-mêmes toxiques), et induire des effets à plus long terme.

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a regroupé les pesticides en familles selon leur potentiel de toxicité en : « extrêmement toxiques », « très toxiques », « modérément toxiques » et « légèrement toxiques » selon une gradation variant de plus de 1 à 100, caractérisant les seuils auxquels sont observés leurs effets délétères chez l’animal en laboratoire.

D’une manière générale, l’OMS (1) retient comme facteurs influant sur la toxicité des pesticides pour l'homme : la dose, les modalités de l’exposition, le degré d’absorption, la nature des effets de la matière active et de ses métabolites et l’accumulation et la persistance du produit dans l’organisme.

La toxicité aiguë résultant d’une mauvaise utilisation ou d’un usage accidentel des pesticides est donc un phénomène connu, mais qui ne concerne qu’un contingent faible des maladies professionnelles et des accidents domestiques. Les jeunes enfants sont aussi très fréquemment victimes d’empoisonnement par les pesticides, habituellement suite à des ingestions accidentelles ou à des atteintes dermatologiques. Les pesticides organophosphorés et les carbamates sont à l’origine des cas d’empoisonnements par les pesticides les plus fréquents.

Les principaux effets aigus des pesticides sont représentés par :

  • Les brûlures chimiques oculaires,
  • Les lésions cutanées,
  • Les effets neurologiques,
  • Les troubles hépatiques.

La neurotoxicité est le mécanisme d’action toxique majeur de beaucoup d’insecticides organophosphorés, carbamates, pyréthrinoïdes, et historiquement des organochlorés (2). Ces effets aigus n’ont été observés chez l’homme qu’après des intoxications massives (suicides notamment). Les formes graves et mortelles sont alors fréquentes (3-6).

L'exposition se fait essentiellement par voie cutanée et respiratoire (inhalation), la voie d'exposition orale concernerait davantage la population générale par ingestion accidentelle ou intentionnelle de pesticides. Les répercutions sur la santé sont identifiées facilement quand elles sont consécutives à une intoxication massive, le lien étant objectivable entre exposition et effets. Malheureusement, nombre d’intoxications modérées ne sont pas répertoriées, sous-estimant notablement la prévalence des effets sanitaires aigus de ces produits phytosanitaires.

I] LES VOIES D'EXPOSITION AUX PESTICIDES

Les modes de pénétration des substances pesticides chez l’homme sont de 4 ordres (4, 6) :

  • La voie oculaire
  • La voie digestive
  • La voie respiratoire
  • La voie cutanée

En milieu professionnel, la voie cutanée représente la principale voie d’exposition (environ 80%). L’exposition par voie respiratoire existe lors de circonstances particulières d’application (fumigation, utilisation en milieu fermé). L’exposition peut se produire à différents moments : manutention, préparation, application, nettoyage, ré-entrées (tâches effectuées dans des zones traitées), mais les plus exposantes sont la préparation des bouillies ou mélanges et les tâches de ré-entrées.

En population générale, la voie orale est souvent considérée comme la principale voie d’exposition à travers l’alimentation, et expose surtout au risque d’intoxication chronique..

Les risques d'exposition aux pesticides sont multiples et plusieurs facteurs peuvent en être responsables. Ils apparaissent dès qu'une personne manipule des pesticides sans tenir compte des règles de base en matière de sécurité, et ce, à l'étape de la préparation des mélanges, en cours d'application ou de pulvérisation ainsi qu'au retour sur le site traité.

Par ailleurs, ce ne sont pas seulement les travailleurs responsables des activités de préparation et d'application des pesticides qui peuvent être exposés de façon importante, mais aussi tous les travailleurs qui entrent en contact avec des surfaces préalablement traitées (végétation ou autres) avec des pesticides.
 

a) Exposition cutanée

Le contact cutané constitue généralement la principale voie d'exposition aux pesticides chez les utilisateurs professionnels (4). Cette voie cutanée de pénétration, bien que souvent méconnue ou négligée, est responsable de la plupart des intoxications accidentelles en milieu de travail.

La majorité des pesticides peuvent être absorbés via le revêtement cutané, à travers toute la surface corporelle. La quantité absorbée par voie cutanée peut être suffisante pour causer des effets systémiques tant aigus (à court terme) que chroniques (à long terme) en plus des effets dermatologiques et oculaires possibles. Les pesticides peuvent être absorbés plus facilement par certaines régions corporelles comme le cuir chevelu, le front, les yeux (muqueuse) et les organes génitaux.

L’importance de la pénétration cutanée varie selon les propriétés physico-chimiques du produit (matière active et formulation). D'autres facteurs externes peuvent influencer et majorer les risques d'une telle exposition. Ainsi, l'absence de protection individuelle, le port prolongé de vêtements de travail contaminés, la technique d'application, certaines conditions environnementales comme l'humidité, le vent ou la température ambiante et le délai entre 2 périodes d’exposition peuvent modifier le risque d’intoxication par voie cutanée.

Certaines situations sont ainsi classiquement retrouvées lors d’une intoxication par voie cutanée : mélange à mains nues de la bouillie, application sans équipement de protection individuelle (EPI), application de produits dans un espace confiné et clos, éclaboussures de produits sur la peau et dans les yeux, renversement de liquide sur les vêtements, contact des mains avec la région génitale ou pulvérisation en hauteur.

 

b) Exposition respiratoire

Le mode de pénétration pulmonaire représente la voie d'intoxication la plus rapide et la plus directe (4). Les pesticides normalement appliqués sous forme d'aérosol, de brouillard ou de gaz peuvent ainsi être facilement inhalés.

Les pesticides peuvent aussi adhérer à des particules de poussières en suspension et parfois même à la fumée de cigarette. Certains pesticides sont plus à risque que d’autres. Ainsi, l'inhalation constitue souvent la principale voie d'entrée dans l'organisme pour les fumigants et certains pesticides très volatiles. Le risque d'exposition par les voies respiratoires est d’autant plus élevés que les travaux sont effectués dans un espace clos confiné et clos (surtout si la ventilation est inadéquate), comme une serre ou un tunnel de culture. On observe ainsi ce type d’intoxication lorsqu'une personne respire des vapeurs lors de la préparation d'une solution avec des pesticides concentrés ou lors d'une pulvérisation en hauteur sans porter d'équipement de protection respiratoire approprié.

 

c) Exposition orale

En dehors des cas d'ingestion accidentelle de pesticides entreposés dans un contenant inapproprié (ex. : bouteille de boisson gazeuse) ou d’intoxication volontaire (suicide) (4), l'absorption de pesticides par la voie orale (gastro-intestinale) est plus rare chez les travailleurs.  On observe ce type d'exposition lors d’un contact de la bouche avec des mains contaminées (comme fumer, boire ou manger lors de l'exécution de travaux avec des pesticides) ou lors de manœuvres nécessitant de souffler ou aspirer dans la tubulure de l'équipement d'application afin de déboucher les tuyaux et les buses ou de siphonner du produit.

Quel que soit le mode de pénétration, les pesticides atteignent alors leurs organes cibles par voie essentiellement sanguine, pour agir (et éventuellement y être stockés : organochlorés). Le DDT, désormais interdit, était le chef de file des insecticides organochlorés, qui, du fait d’une grande liposolubilité, possédait une grande toxicité neurologique et une rémanence importante. Les autres insecticides organochlorés actuellement autorisés sont responsables de toxicité aiguë avec signes neurologiques pouvant aboutir à des convulsions, des signes digestifs et respiratoires. L’intoxication chronique est responsable d’une toxicité neurologique (céphalées, vertiges, tremblements), et cutanée. Des atteintes hématologiques et des cancers ont été rapportés à ces toxiques (cf article).

 

II] EFFETS AIGUS DES PESTICIDES DANS LES POPULATIONS PROFESSIONNELLEMENT EXPOSEES

Les intoxications aiguës aux pesticides, c'est-à-dire se manifestant rapidement après exposition, sont principalement observées en milieu professionnel, en dehors des cas particuliers de suicides employant de telles substances (cas d’intoxications documentés par les centres antipoison). Pour réduire ce risque, les pesticides ont fait l’objet d’une réglementation particulièrement stricte.

Ainsi, au niveau européen, la directive 91/414 réglemente la mise sur le marché des pesticides à usage agricole, destinés à protéger les cultures et produits végétaux (produits phytopharmaceutiques), et la directive 98/8 réglemente la mise sur le marché des autres pesticides, utilisés notamment dans la lutte contre les moustiques et autres vecteurs de maladies. Depuis la mise en œuvre de la directive 91/414, près de la moitié des substances actives (et notamment les plus dangereuses), ont été retirées du marché. Malgré ces précautions, les professionnels de la préparation ou de l'application de pesticides, mais aussi les cueilleurs et les travailleurs affectés au désherbage manuel ou au suivi des cultures peuvent être exposés de manière significative et développer des intoxications.

On distingue généralement en termes de toxicité, trois types de pesticides: les organochlorés, les organophosphorés et les pyrétrinoïdes. Il faut en effet distinguer parmi les pesticides, les pesticides à demi vie longue (persistants dans l’organisme) et dénommés POP (essentiellement les organochlorés, produits très lipophiles) comme le DDT, l’hexachlorobenzène, la dialdrine, le lindane… et les pesticides de demi-vie plus courte dans l’organisme, tels que les fongicides. Les toxicités aiguës et leur gravité varient selon le type de pesticides (7).

Les pesticides organophosphorés et les carbamates sont à l’origine des cas d’empoisonnements par les pesticides les plus fréquents (4, 6).

Les substances les plus toxiques appartiennent aux familles des organophosphorés et des carbamates (insecticides neurotoxiques inhibiteurs des cholinestérases), plus rarement des dérivés de la coumarine (anticoagulants rodenticides). Ce sont ces produits qui sont à l’origine de la plupart des intoxications professionnelles en France. Les enquêtes de la Mutualité Sociale Agricole (MSA), en charge de la médecine du travail et de la prévention des risques professionnels des agriculteurs, révèlent que, sur une année d’utilisation professionnelle, 20 % des applicateurs sont victimes un jour ou l’autre de troubles de la santé imputés aux pesticides.

 

II-a) Généralités sur la toxicité aiguë des pesticides

Les principales connaissances sur les effets aigus des pesticides chez l’homme -c'est-à-dire se manifestant rapidement après exposition- sont issues d’observations rapportées en milieu professionnel et des cas d’intoxications documentés par les centres antipoison. Seuls les effets aigus des pesticides sont bien répertoriés. Rappelons qu’il est communément admis que c’est la dose qui fait le poison, et que c’est la liaison entre un produit chimique et un récepteur qui crée la toxicité. C’est l’interaction du produit chimique avec le récepteur qui conditionne le mécanisme délétère.

Les pesticides peuvent pénétrer dans l’organisme par contact cutané, par ingestion et par inhalation. Les manifestations peuvent se limiter à des signes locaux : irritations de la peau, des muqueuses, réactions allergiques cutanées ou oculaires, vomissements, toux, gène respiratoire ou bien traduire l’atteinte d’un ou plusieurs organes ou systèmes : foie, rein, système nerveux central… en cas d’effets systémiques. L’intoxication massive par un pesticide peut avoir des conséquences graves, parfois mortelles. On observe en moyenne plus de 220.000 décès par an dans le monde par intoxication aux pesticides, sur un total d’environ un million d’empoisonnements graves par ces produits phytosanitaires (8).

L'intoxication aiguë se manifeste généralement immédiatement ou peu de temps (quelques minutes, heures ou jours) après une exposition unique ou de courte durée à un pesticide.

Le délai d'apparition des effets varie en fonction de la toxicité intrinsèque du produit utilisé, de la dose reçue, de la voie d'absorption et de la susceptibilité de l’individu.

Les signes ou les symptômes d'une d'intoxication aiguë aux pesticides sont pas toujours spécifiques et peuvent être attribués à d'autres causes.

Des symptômes qui paraissent parfois bénins peuvent être précurseurs d'une intoxication grave.

Les signes ou symptômes les plus souvent rapportés lors d'une intoxication aiguë aux pesticides sont les suivants :

  • Irritation cutanée ou oculaire
  • Maux de tête (Céphalées)
  • Nausées
  • Vomissements
  • Etourdissements
  • Fatigue
  • Perte d'appétit

Lors d'une intoxication aiguë modérée à sévère, comme lors d'une exposition à des pesticides inhibiteurs de cholinestérases (insecticides organophosphorés et carbamates), les signes ou symptômes peuvent être plus inquiétants (4, 6) :

  • Crampes abdominales
  • Diarrhée
  • Nervosité
  • Transpiration excessive
  • Difficulté d'attention
  • Trouble de vision
  • Difficultés respiratoires
  • Convulsions
  • Coma

La sévérité de l'intoxication varie en fonction du niveau de toxicité du pesticide, de la dose absorbée, mais également de la voie d'exposition (orale, cutanée ou respiratoire) et des susceptibilités individuelles.

Les glyphosates (herbicides) induisent volontiers une toxicité respiratoire et cardio-vasculaire, puis une insuffisance rénale avec atteinte neurologique (9). Des atteintes digestives sévères ont été rapportées (10). De même les organochlorides possèdent une toxicité cardiaque parfois sévère (11).

Les organophosphorés sont de puissants agents neurotoxiques qui agissent en inhibant l'action de l’acétylcholinestérase dans les cellules nerveuses. Les insectides de type organophosphorés ont une toxicité avant tout cérébrale avec manifestations de type cholinergique responsables de vomissements, salivation, diarrhée, bronchospasme, fasciculations, convulsions puis détresse respiratoire et coma (12-14). Des complications plus rares (troubles de conductions, pancréatite) ont été rapportées (12).

Les carbamates, très proches des organophosphorés sont également des insecticides puissants (inhibiteurs des cholinestérases), molluscicides, et utilisés dans le traitement des céréales en stockage. Les carbamates, et notamment le Methomyl, possèdent une toxicité cardiaque sévère avec arrêt cardiaque fréquent responsible d'une mortalité élevée (18 % de mortalité par intoxication aiguë au Methomyl versus 9,5 % pour les organophosphorés) (15). D'autres toxicités ont été rapportées (16, 17).

Selon une étude Française (18), les troubles aigus liés aux pesticides touchent :

  • les muqueuses et la peau (40 % des cas étudiés),
  • le système digestif (34 % des cas),
  • le système respiratoire (20 %),
  • le reste de l'organisme (24 %).

À la suite de ces incidents lors du travail agricole, plus des deux tiers des victimes consultent un médecin. En moyenne, 13 à 22 % des sujets intoxiqués ont nécessité une hospitalisation consécutive à l'utilisation de pesticides et 27 % ont dû recourir à un arrêt de travail momentané.

Les intoxications aiguës aux pesticides ne touchent pas seulement les responsables de leur préparation ou leur application, même si leur manipulation à de fortes concentrations constitue un risque supplémentaire d'exposition pour ces travailleurs. Mais, les personnes qui effectuent des tâches sur un site préalablement traité avec des pesticides (cueilleurs et travailleurs affectés au désherbage manuel ou au suivi des cultures) peuvent être exposées de façon significative par voie cutanée, avec un taux d’exposition à des doses de pesticides similaires voire même parfois supérieures à celle des applicateurs.

II-b) Prévalence des intoxications aiguës aux pesticides

Les sujets les plus fréquemment victimes d’intoxications aiguës par les pesticides sont bien sûr les agriculteurs, qui manipulent et appliquent ces pesticides sur leurs cultures. Comme nous l’avons vu, les intoxications les plus fréquentes sont liées aux pesticides organophosphorés et aux carbamates anticholinestérasiques sont à l’origine des cas. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a estimé qu'il y a chaque année dans le monde 1 million de graves empoisonnements par les pesticides, avec quelque 220 000 décès (8).

En France, la Mutualité Sociale Agricole (MSA) a montré que sur une année d'utilisation professionnelle de pesticides, 20 % des travailleurs agricoles présentaient des effets indésirables de ces produits (18-20).

Par ailleurs, selon, les centres anti-poison et de toxicovigilance (CAP-TV) qui recueillent également les cas d’intoxications par les pesticides, celles-ci représentent, selon les centres, de 3 à 8 % de leur activité, soit 5 000 à 10 000 cas annuels en France. Rappelons que les jeunes enfants sont fréquemment victimes d’intoxications par les pesticides, à la suite d’ingestions accidentelles ou après contact cutané ou oculaire.

En France, de nombreux réseaux de surveillance et d’études ont été créés ces dernières années pour répondre aux diverses problématiques de santé causées par les pesticides (21).

Un réseau de spécialistes constituant le dispositif Phyt’Attitude (médecins du travail, conseillers en prévention et experts toxicologues) est chargé de recenser, analyser et valider les informations sur les troubles de la santé liés à l’utilisation professionnelle des phytosanitaires : symptômes ressentis pendant ou après le traitement, circonstances d’utilisation de ces produits (22). Ce réseau, créé en 1991 par la MSA, sous l’égide de l’Institut National de Médecine Agricole et en partenariat avec les ministères de l’agriculture et de la Santé, publie régulièrement une synthèse de ces observations. Il a permis d’ériger de nombreuses règles ayant permis ces dernières années, sur le principe de précaution, d’observer une diminution des cas d’intoxication observés en terme d’exposition aiguë.

Phyt’Attitude est devenu un outil intéressant de connaissance des effets des produits phytopharmaceutiques chez l’homme. Il permet de repérer les produits les plus fréquemment mis en cause.

L’étude PESTEXPO réalisée par le Laboratoire de Pharmacotoxicologie (CHU Limoges) sous l’égide de l’AFSSET et du ministère de la culture, a pour objectif de préciser les niveaux d’exposition externe aux pesticides et leurs déterminants, qui soient utilisables dans des études en population dans les contextes agricoles majeurs (Viticulture, Polycultures, élevages, Maraîchage plein champ, Cultures sous serres) et d’utiliser les données obtenues pour la prévention en milieu agricole (23). La rentrée sur des surfaces traitées et la manipulation de végétaux sont une cause d’exposition majeure pour les personnes qui sont en contact avec les végétaux.

Les résultats de cette étude soulignent l’importance des équipements de protection individuelle (EPI) et la nécessité d’harmoniser les normes de protection individuelle et collective au niveau européen : masques, gants, cabines de tracteurs étanches, choix des produits toxiques, organisation du travail en fonction des conditions météo, décontamination des outils utilisés…, délai de rentrée (durée pendant laquelle il est interdit aux personnes de pénétrer sur ou dans les lieux, champs, locaux fermés tels que serres, où a été appliqué un produit, afin de réduire les risques pour la santé des personnes y ayant accès).

Les EPI, masques, gants, combinaisons, devraient par ailleurs être conçus spécifiquement pour les agriculteurs (alors qu’aujourd’hui les équipements utilisés sont prévus pour l’industrie).

Le réseau agricole de toxicovigilance a été créé en 1991 par la MSA à titre expérimental dans deux départements, l'Indre-et-Loire et la Sarthe, il est étendu à toute la France depuis le 1er janvier 1997 (Le réseau français de toxicovigilance agricole : Résultats au 3/9/98 - CCMSA PARIS).

Il repose sur un principe de signalement (par l'intéressé, le médecin du travail, l'employeur, ou un médecin autre), auprès du service de médecine du travail agricole du département, des effets indésirables observés chez des professionnels utilisateurs de pesticides. L'expertise des dossiers est réalisée par un médecin toxicologue de l'Institut National de Médecine Agricole qui attribue un degré d'imputabilité en fonction des critères cliniques, du contexte de l'exposition, de la chronologie et de l'évolution.

Le réseau a pour objectifs de faire le lien entre effets aigus et chroniques des pesticides dans les populations professionnellement exposées, par repérage des effets toxiques imputables aux pesticides ; et de disposer d'informations sur les pratiques agricoles afin de repérer plus précisément les produits incriminés dans les effets aigus.

Depuis 2004, la MSA met à disposition des utilisateurs de produits phytosanitaires un numéro vert qui leur permet de signaler leurs symptômes, gratuitement et de manière anonyme.

L'analyse de 1455 dossiers expertisés d’intoxication aiguë par les pesticides depuis 1991 par la MSA dans le cadre du réseau Phyt’Attitude, a montré les résultats suivants (22) : Il s’agissait dans 88 % des cas observés, de sujets de sexe masculin, généralement d’âge moyen (56 % des cas avaient entre 30 et 49 ans). 43 % étaient des exploitants et 43 % des salariés agricoles.

Dans la grande majorité des cas, les dossiers ont été validés c'est-à-dire que l' imputabilité des pesticides était plausible, vraisemblable et très vraisemblable. L’origine du signalement a beaucoup varié depuis 1991 : a cette époque, 75 % des cas étaient signalés par le médecin du travail, 12 % par l'intéressé, 4,5 % par un médecin généraliste ou spécialiste, et 8,5% par d'autres sources. Désormais, dans 48 % des cas, il s’agit de la victime elle-même. Parmi les cas validés, 78 % étaient régulièrement exposés aux phytosanitaires. 75 % des cas relevaient du secteur culture-élevage (19 % entreprises de travaux agricoles et coopératives, 6 % activités diverses), les secteurs les plus représentés étant les cultures spécialisées 58 % et la viticulture 22 %.

Les cultures cibles les plus représentées étaient les céréales (33 %), la vigne (18 %), les légumes (9,4 %), l'horticulture (11,5 %) et l'arboriculture (8 %), les autres cibles étant moins spécifiques (traitement de local, semences, désherbage, sol, bois, autres cultures, autres).

Les produits les plus souvent incriminés étaient par ordre décroissant : les insecticides et acaricides (35 %), les fongicides (27 %) et les herbicides (27 %), les 11 % restants regroupent des produits divers (corvicides, substances de croissance, produits désinfectants, solvants, substances vétérinaires, adjuvants, nématides…). Dans 63,5 % des cas un seul produit commercial a été utilisé, dans 16,5 % deux produits commerciaux ont été utilisés, dans 9 %, trois produits commerciaux et dans 11 % quatre produits ou plus.

Les insecticides retrouvés appartenaient principalement à trois familles : les pyréthrinoides de synthèse (33,9 %), les organo-phosphorés (31,3 %) et les carbamates (19 %).

La majorité des fongicides retrouvés étaient les carbamates (23,2 %), les hétérocycles divers (18,1 %), le cuivre et ses sels (12,6 %) et les dicarboximides (11,4 %).

Pour les herbicides, il s’agissait essentiellement des ammoniums quaternaires (20 %), puis les triazines (8,3 %) , les aminophosphonates (8,3 %), les aryloxiacides (7,1 %) et les dérivés de l'urée (6,4 %)

Les voies de contamination étaient principalement respiratoire (52,5 %) et cutanée (49 %), conjonctive (17 %) et digestive (6,5 %), plusieurs voies de contamination pouvant être incriminées pour un même cas. Plus de 70 % des effets indésirables sont survenus à la suite de traitements effectués à l'extérieur, l'analyse des moyens de protection ont montré que 55% des opérateurs ne portaient aucune protection.

Les signes cutanéo-muqueux étaient majoritaires, suivi des signes neurologiques (figure 1). Les symptômes cutanés (prurit, irritation, érythème, dermatite, brûlures…) sont les plus représentés pour chacune des trois catégories de produits. Depuis 2002-2003, ces symptômes ont augmenté de 7 %. Lors d’utilisation d’insecticides, 22 % des troubles sont d’origine neuromusculaire (céphalées, vertiges, dysesthésies, douleurs musculaires…) 15,7 % des cas ont entraîné une hospitalisation dans le cas de symptomatologie digestive, neuromusculaire et neurologique. Dans les cas hospitalisés, les produits incriminés sont les insecticides (41,2 %), les fongicides (26,1%) et les herbicides (16 %).

Enfin, 22,7 % des cas ont fait l'objet d'une déclaration d'accident du travail et 3,4 % d'une déclaration de maladie professionnelle.

Figure 1 : les principaux symptômes observés après intoxication aiguë aux Pesticides en France

Ainsi, si les principaux problèmes de santé publique liés aux pesticides, dans les années et décennies à venir, concernent essentiellement et leur rémanence dans la nature et leur toxicité chronique pour l’homme, en termes de troubles endocriniens, de la reproduction, affections neurologiques et cancers ; il ne faut pas négliger leur toxicité aiguë, avec plus d’un million de cas observé chaque année dans le monde et 220.000 décès directs. Ces chiffres montrent à eux seuls, outre le risque sanitaire de ces produits, tout le travail qu'il reste encore à réaliser en termes de protection des individus.

 

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"Mieux connaître les usages de pesticides pour comprendre les expositions" - Colloque de restitution du plan d’action 2006-2008 de l’Observatoire des résidus de pesticides (ORP) - Afsset et partenaires de l’ORP – Paris, 11 et 12 mars 2009.