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Un mode de vie sain peut contrebalancer pour partie les gènes qui plombent l’espérance de vie de certains

Certains comportements dits « positifs » ou « favorables » à l’espérance de vie peuvent vous aider à rester du bon côté et surtout, bénéficier non pas tant d’une bonne espérance de vie, que surtout une espérance de vie allongée, mais en bonne santé.

Atlantico avec le Docteur Christophe de Jaeger

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Atlantico : Quels sont les effets du style de vie sur la santé des personnes porteuses de facteurs génétiques favorisant une courte vie

Christophe de Jaeger : Notre style de vie est important pour notre espérance de vie. Mais qu’en est il des personnes qui ont des facteurs génétiques favorisant une espérance de vie plus courte ? Cette étude publiée dans le British Medical Journal en avril 2024, montre que même si vous n’avez pas de « bons gènes », vous avez tout à gagner si vous adoptez un mode de vie sain.

Des chiffres très intéressants ont été avancés. Ils montrent bien l’ampleur de la problématique : un mode de vie défavorable (tabac, sédentarité, alimentation détestable, troubles du sommeil) va augmenter, quel que soit votre génétique, votre risque de décès de 78 % ce qui bien sûr est considérable et devrait nous inciter fortement à nous préoccuper de notre santé. À l’inverse, l’adoption d’un mode de vie plus sain peut potentiellement diminuer l’influence de vos « mauvais gènes » de 62 %.

Enfin, cette étude montre également que les personnes ayant une prédisposition génétique à une espérance de vie plus courte ont une diminution de leur espérance de vie générale de 21 % par rapport aux personnes sans prédisposition génétique et quelques soit les styles de vie. À l’âge de 40 ans, les personnes avec de « mauvais gènes » peuvent espérer augmenter leur espérance de vie de 5,5 ans, si ils adoptent un mode de vie sain.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes et il est toujours étonnant de voir qu’il existe toujours des personnes refusant de tenir compte de ces réalités. 

Quels sont les bons comportements à adopter pour avoir un style de vie qualifié de sain ? 

Les bons comportements sont parfaitement connus depuis longtemps. Cette étude insiste plus particulièrement sur les quatre facteurs de risque suivants : tabac, sédentarité, sommeil et alimentation. La consommation de tabac, l’absence d’activité physique et l’alimentation sont des paramètres qui dépendent intégralement de votre volonté. Les troubles du sommeil sont plus complexes à gérer, car ils peuvent être secondaires à une multitude de facteurs extérieurs à votre volonté.

La problématique en santé est que beaucoup de gens pensent bien faire alors qu’il n’en est rien. Je rencontre en consultation régulièrement, voire quotidienne, des personnes motivées par leur santé et qui pensent que leur activité physique est suffisante alors qu’il n’en est rien. Un simple examen permet de mettre en évidence une masse musculaire très insuffisante (sarcopénie) et ceci dès 40 ans. Ce n’est qu’à partir d’examens parfaitement objectifs que l’on peut effectivement conseiller utilement une personne sur une activité physique et, je dirais surtout, sur les seuils d’exercice à atteindre afin d’être efficace. L’alimentation pose exactement les mêmes problèmes. La plupart de nos contemporains pensent « bien » s’alimenter. Mais si vous prenez la peine de bien les interroger, vous êtes surpris de l’ampleur des fautes nutritionnelles que vous constatez.

Le tabac est une problématique que je dirais plus simple à gérer, car il est de notoriété publique que le tabac est nocif pour vos artères, vos poumons et vos bronches. Les personnes très impliquées dans leur santé et qui ont une activité physique régulière ont généralement rapidement abandonné toute consommation de tabac.

Le sommeil est plus difficile à améliorer, car dépendant de multiples paramètres (stress, environnement…). Les facteurs d’actions sont donc multiples, mais parfois difficiles à mettre en place pour obtenir une qualité de sommeil satisfaisante.

Est-ce qu’il y a un âge auquel il est préférable d’adopter une vie plus saine pour réduire les risques des gènes qui raccourcissent la vie ? 

Je dirais « le plus tôt possible » ! Dans l’étude publiée, les auteurs considèrent l’âge de 40 ans comme étant une limite importante permettant d’obtenir une augmentation significative de son espérance de vie. En réalité, plus on prend conscience tôt des phénomènes en jeu, meilleurs seront les résultats en termes de gains de vie. Sachant également que nous ne sommes que dans des probabilités et non dans des certitudes personnelles.

Quelle est l’importance du style de vie en cas d’absence de gènes qui risquent de raccourcir l’espérance de vie ?

Le style de vie en soi n’est évidemment pas une garantie de bonne espérance de vie. Néanmoins, certains comportements dits « positifs » ou « favorables » à l’espérance de vie peuvent vous aider à rester du bon côté et surtout, bénéficier non pas tant d’une bonne espérance de vie, que surtout une espérance de vie allongée, mais en bonne santé. Car à quoi bon pour beaucoup de gens vivre longtemps, mais en mauvaise santé.

La première chose qui est importante est la volonté de mettre de son côté, non pas des facteurs de risque, mais des facteurs de succès d’une meilleure santé longtemps. La nutrition et l’exercice physique ont leurs importances, mais encore une fois à condition de les adapter à votre situation physiologique propre. Il ne s’agit pas juste de faire de faire « une activité physique », mais la bonne et à la bonne intensité pour votre organisme. Il vous faut donc des conseils qui soient personnalisés. Il en est de même pour l’alimentation. Nous avons tous des besoins différents, des capacités métaboliques différentes… Il convient donc de s’y adapter.

On se rend vite compte lorsque l’on suit médicalement des personnes que les simples conseils « bien manger et bouger » ne sont pas suffisants pour motiver les gens à changer leurs modes de vie, alors qu’ils ont tout intérêt à le faire.

Article à retrouver sur le site Atlantico