23 01 2023 - Pillule sport 2.avif

Une simple pilule pourrait-elle offrir les mêmes bénéfices que le sport ?

Par Mathéo GIRARD – Intervention du Docteur Christophe de Jaeger

Des chercheurs japonais relataient, en août 2022, dans la revue scientifique Bone Research, l’existence de la locamidazole, une nouvelle molécule présentée comme capable de simuler les effets du sport sur les muscles. Si aucune étude clinique n’a encore été menée sur l’être humain, les résultats sur les souris semblent prometteurs.

Et si la simple ingestion d’une pilule permettait à elle seule de reproduire les effets de la pratique sportive sur le corps humain ? L’hypothèse n’est pas si saugrenue. Un collectif de sept chercheurs japonais a en effet publié une étude dans la revue scientifique Bone Research, en août 2022, dans laquelle ils documentent l’existence de la locamizadole (LAZM), qui pourrait bien être une molécule « miracle ». Elle serait en effet capable de tromper l’organisme, en agissant sur les muscles et les os de façon à limiter leur vieillissement, et présenterait ainsi les mêmes bénéfices que la pratique sportive.

Les résultats des premiers tests menés sur les souris semblent prometteurs, mais aucune étude n’a encore été menée sur les êtres humains. Cependant, cette découverte permet d’envisager des applications intéressantes. La LAZM pourrait par exemple, dans un premier temps, faciliter le quotidien de patients souffrant de maladies chroniques telles que la polyarthrite rhumatoïde ou la sclérose en plaques – qui empêchent les personnes affectées de faire de l’exercice dans de bonnes conditions.

« Rien ne remplacera l’activité physique »

« Cette pilule, en réalité, pour nous, elle va concerner ceux qui n’ont pas suffisamment de muscles, qui ne peuvent plus se déplacer, des gens qui étaient dans le coma pendant un certain nombre de semaines, explique Christophe De Jaeger, médecin spécialisé dans le vieillissement du corps humain, interrogé par les équipes de l’émission C à vous. Tous ces gens-là ne rêvent que de ça, de récupérer une masse musculaire, sans avoir à être limités par un exercice. »

L’idée de voir des corps bodybuildés sans le moindre effort n’est évidemment pas encore d’actualité : « Très franchement, je pense que rien, absolument rien, ne remplacera l’activité physique », abonde le médecin et animateur de télévision Michel Cymes. La locamizadole n’est pas la seule à faire fantasmer la communauté scientifique puisqu’avant elle, les molécules Lac-Phe, CT-1, GW1516 ou encore Aircar avaient été citées.

Si la pilule de LAZM fait son apparition un jour en pharmacie, le Docteur De Jaeger craint qu’elle soit mal consommée, ou plutôt surconsommée : « Ce sera un enfer. Les personnes vont littéralement se jeter là-dessus, prévoit le praticien, interrogé sur Doctissimo. Pour de nombreuses personnes, faire de l’exercice ne suscite pas un grand enthousiasme. Si elles pouvaient trouver une solution élégante pour prendre du muscle sans réaliser le moindre d’effort, cela serait pour eux une nouvelle très agréable, mais physiologiquement inadaptée. »

« Il y a peu de molécules avec un effet systémique qui ont vraiment bouleversé les choses comme les antibiotiques ou l’aspirine… Mais plus on s’y intéresse, plus on se rend compte de la complexité des mécanismes impliqués. Et qu’il faut surveiller de nombreux effets secondaires potentiels », prévient dans Le Parisien le médecin du sport Mathieu Saubade. En conclusion : oui, la locamizadole pourrait faciliter la vie de certains patients ; mais non, elle ne représente pas, a priori, une révolution médicale à part entière.

Le Docteur Christophe de Jaeger est médecin et son travail est centré sur la physiologie de la sénescence depuis plus de 30 ans.

Il a développé en particulier la notion d’âge physiologique (différent de l’âge chronologique et

de l’âge ressenti) et sa prise en charge afin d’optimiser le capital santé de chacun et de lui conserver le plus longtemps possible ses capacités physiologiques. En d’autres termes, rester en bonne santé le plus longtemps possible.

De formation initiale gérontologue, il a rapidement complété son cursus à la faculté des sciences en biologie de la sénescence. Il enseigne à la faculté de médecine de Paris et de Lille et également à la faculté des sciences dans le Master de biologie du vieillissement. Il a écrit ou coécrit de nombreux livres dont une dizaine grand public, ainsi que de nombreux articles scientifiques.

Son dernier ouvrage grand public est « Bien vieillir sans médicaments » aux Éditions du Cherche Midi.

Article à lire sur le site de Ouest France